Digo, le petit chien roux- Extrait –

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      … Avec son terrifiant fouet,  l’homme ressemblait à un geôlier intraitable. Mais ce n’était qu’en apparence. Il avait un coeur d’or et se montrait volontiers, très communicatif. Il fixa son jeune interlocuteur et lit sur ses traits de la tristesse. Il répondit avec douceur :

     Je regrette, mon enfant !  Je ne peux pas le relâcher.  C’est un des chiens errants dont il faut nettoyer la ville.

     Le jeune garçon ne se découragea pas et insista :

-    Mais, cher monsieur, celui-là est encore très jeune. Je ne pense pas qu’il puisse nuire à quiconque.

     L’homme répondit :

-   Certes  il est inoffensif,  petit qu’il est,  mais il grandira et deviendra, à coup sûr, un danger pour les passants. Et qui dira que tu ne seras pas, plus tard, l’une de ses victimes ? Ensuite, n’oublie pas, mon garçon, que les chiens abandonnés sont parfois enragés et, s’ils venaient à mordre bêtes et gens, se serait une vraie catastrophe !

-    Cela est vrai, monsieur, pour les méchants chiens, mais celui-là a l’air tout gentil. Et puis, pourquoi est-il le seul à être capturé ?

-    Non, mon petit ! J’ai commencé ma tournée par lui, voilà tout ! Ne t’en fais pas, avant midi,  la plupart de ces cellules, que tu vois vides maintenant, seront pleines de chiens  de toutes tailles,  les grands et les petits, des vieux et des nouveaux-nés.  D’ailleurs tu as vu de tes propres yeux comment ce gros animal moucheté l’a échappé belle, alors que mon lacet  rate rarement sa cible.  Crois-moi, il tombera tôt ou tard entre mes mains !

-   Et que faites-vous de tous ceux que vous attrapez ?  Est-ce que vous les conduisez au poste de police ?

     Cette deuxième question prit le gentil conducteur au dépourvu.  Il s’exclama :

-    Au poste de police ! Mais point du tout !  Ne trouves-tu pas que les pauvres policiers ont suffisamment de difficultés avec les hommes pour qu’on leur ajoute les problèmes des bêtes trouvées ?

-    Alors, vous les jetez au hasard, hors de la ville !

     L’homme sourit avec indulgence de la naïveté du garçonnet et reprit sur le même ton :

-    Les jeter hors de la ville ?  Mais ils y reviendront le jour même !  Et alors,  pourquoi toute cette peine et tous ces dangers,  car parfois, je tombe sur de méchants chiens bien agressifs ?  Heureusement, il y a mon fouet.

     Ilias, croyant bien raisonner, objecta :

-    Mais, monsieur, vous venez de dire qu’il faut débarrasser la ville d’eux ! Or, la meilleure façon serait de les mettre à la campagne !

-    Non,  mon cher,  non !  Nous les déposons dans une fourrière pour une durée de trois jours. Si leurs propriétaires se présentent pendant ce délai, ils pourront les reprendre en versant une amende. Toutefois, il leur sera expressément recommandé  de …

     L’enfant, impatient et fort curieux, l’interrompit vivement :

-    Et si personne ne vient les chercher, quel sort leur sera-t-il réservé ?

-  Dans ce cas,  nous serons obligés de les tuer,  surtout lorsque nous sommes sûrs qu’il s’agit de chiens errants.

     Ilias frémit de la tête au pied. Cependant, il s’informa :

-    Et comment distinguez-vous, monsieur, ceux errants des autres qui ne le sont pas ?

-    Ah ! pour cela, c’est simple.  En général,  les chiens, ayant un maître, portent au cou une plaque où sont inscrits le nom du propriétaire et son adresse et même leur propre identité. Parfois aussi, ils ont une muselière.

     L’enfant, instinctivement, jeta un regard furtif sur le chiot emprisonné. Ni plaque, ni muselière ! Son visage devint blême, presque cireux . Il s’écria,  étranglé par l’émotion,  protestant de plus en plus :

-   C’est à dire, ce petit chien doux va mourir ! Mais cela n’est pas permis. Vous allez commettre un grand pêché ; Dieu vous punira.

     L’homme au collet eut pitié du bambin. Désolé, il ne peut que le louer pour ses nobles sentiments, et, s’excusant, conclut :

-   Ce que tu dis là, mon enfant, vient d’un bon coeur,  mais avec l’âge, tu comprendras mieux.  Maintenant, tu vas m’excuser, je dois continuer ma tournée.  Il est presque onze heures et les cages sont encore vides.  De toutes les façons, ce jeune chien roux t’attendra dans la fourrière pendant quatre jours au lieu de trois. C’est une exception pour toi.

     Et avant de regagner son camion, il passa sa main sur la tête du garçonnet et ajouta, souriant :

-   Tu me trouveras chaque après-midi à la fourrière dont je suis également le gardien. J’y serai jusqu’à la tombée de la nuit. Essaie toujours, peut-être réussiras-tu, car  « à coeur vaillant rien d’impossible. » Si tu viens, tu demanderas l’oncle Bachir,  c’est mon nom. En attendant ta visite, je prendrai grand soin du chiot. Mais encore une fois, quatre jours au maximum !

     L’étrange véhicule s’ébranla tel un chariot tiré par un cheval poussif. Ilias, cloué à sa place, l’air absent, le suivit des yeux. Il lui semblait qu’il emportait, en s’éloignant, un peu de son être.

     L’aboiement diminua peu à peu puis devint inaudible.  Notre garçonnet retourna chez-lui en traînant les pieds et en faisant tous ses efforts pour retenir des larmes.  Cependant, il eut l’impression que l’appel au secours de la malheureuse bête résonnait encore dans ses oreilles.  Alors, une idée fixe l’obséda :  Il faut, coûte que coûte, sauver le petit chien roux !..

*

Extrait du livre ‘ Digo, le petit chien roux ‘

Auteur Ahmed KHIAT

 

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